[PORTRAIT] « Servir mon pays et participer à l’effort commun. » Médecin de réserve Camille

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Alors que l’attention portée à la santé mentale des militaires est de plus en plus importante dans les armées, le Service de santé des armées (SSA) renforce sa capacité d’accompagnement psychique des militaires en s’appuyant notamment sur les compétences de ses réservistes. Camille, médecin psychiatre au CHU d’Angers (49), a rejoint la réserve opérationnelle en août 2024. Spécialisée dans le psychotraumatisme, elle intervient régulièrement au sein de la 118ème antenne médicale située à Angers (49).

Bonjour, qui êtes-vous et quel métier exercez-vous ?

Je m’appelle Camille, j’ai 34 ans, je suis médecin psychiatre au CHU d’Angers, et je suis engagée dans la réserve opérationnelle depuis août 2024. Je suis affectée à la 118e antenne médicale à Angers, et qui dépend du 14e Centre médical des armées à Tours.

Dans le civil, je suis spécialisée en psychiatrie du psychotraumatisme : je travaille aux urgences psychiatriques, je suis formée à l’EMDR (Eye Movement Desensibilisation and Reprocessing), une technique de traitement des traumatismes, et j’ai complété plusieurs diplômes universitaires, notamment en psychiatrie légale. Mon activité m’a naturellement conduite à croiser le monde militaire — un monde qui, de par sa spécificité et son exposition à des contextes potentiellement traumatiques, a besoin de compétences psychiatriques ciblées.

A quelle fréquence êtes-vous mobilisée dans la réserve ?

Depuis mon engagement, j’interviens deux jours par mois à l’antenne médicale du 118e régiment, en appui direct au médecin militaire de mon unité. J’ai plusieurs missions complémentaires :

  • J’assure la consultation et le suivi de patients militaires, principalement dans la prise en charge de psychotraumatismes ;
  • Je réalise des évaluations psychiatriques globales, avec des diagnostics différenciés permettant d’identifier des troubles parfois sous-diagnostiqués, comme les Troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), les addictions ou les troubles du comportement alimentaire ;
  • Je participe à l’aide à la décision médicale, en fournissant un avis spécialisé aux médecins de l’antenne sur les cas complexes ;
  • Je continue à m’acculturer au milieu, je prends aussi du temps pour mieux comprendre les enjeux propres au monde militaire, qui diffèrent sensiblement de la pratique civile.

Quelle relation entretenez-vous avec les militaires ?

L’accueil dans l’antenne médicale a été très bienveillant. Mes compétences ont été valorisées, et j’ai ressenti dès le départ que j’avais un rôle utile et reconnu au sein de l’équipe.

La collaboration avec les professionnels de santé militaire est fluide et étroite. Les médecins partagent leurs dossiers en amont, et je leur transmets systématiquement un retour détaillé, souvent enrichi d’une lecture psychiatrique plus fine. Dans mon domaine, l’écrit ne suffit pas toujours à saisir la complexité d’un cas, c’est pourquoi je prends le temps d’échanger directement avec les praticiens, pour leur expliquer les dynamiques psychiques à l’œuvre.

Cette interaction est enrichissante pour tous : eux apprennent à repérer des troubles moins visibles, et moi, je m’imprègne des réalités humaines professionnelles propres au milieu militaire.

Avez-vous prévu de suivre des formations complémentaires lors de votre carrière ?

Je n’ai pas encore suivi toutes les formations militaires proposées, mais je compte le faire dans les années à venir. L’objectif est le suivant : être projetable sur des missions à moyen terme, dans un cadre maîtrisé et adapté à ma spécialité. Je souhaite notamment suivre les formations nécessaires pour maintenir mes compétences à jour et intégrer les modules spécifiques liés au contexte militaire.

Ce processus est progressif, mais je suis motivée à m’inscrire dans la durée, avec un engagement réfléchi et évolutif.

Pourquoi vous être engagée dans la réserve opérationnelle du SSA ?

Mon engagement dans la réserve s’est imposé de manière naturelle. En tant que spécialiste du trauma, je savais que mes compétences pouvaient répondre à des besoins concrets dans les forces armées. Mais au-delà de l’adéquation technique, c’est aussi une question de valeurs.

J’avais envie de servir, de me sentir utile, de travailler pour une cause qui fait sens. Mettre mes compétences civiles au service de l’armée, c’est pour moi une façon de servir mon pays, et de contribuer à l’effort commun dans un cadre exigeant, structuré et attentif à l’humain.

C’est une relation « gagnant-gagnant » : je leur apporte un regard psychiatrique approfondi, et en retour, je bénéficie d’un enrichissement professionnel constant et d’une vraie stimulation intellectuelle.

Que diriez-vous à un professionnel de santé pour l’inciter à s’engager ?

Je dirais que l’image rigide de l’armée est dépassée. Bien sûr, il y a un cadre, des codes, mais il y a aussi une grande ouverture d’esprit, une vraie curiosité mutuelle et une reconnaissance sincère du travail accompli.

Il faut faire preuve d’adaptabilité, d’autonomie, et être prêt à sortir de sa zone de confort. Mais c’est justement ce qui rend cet engagement si riche. On découvre d’autres façons de soigner, on s’ouvre à d’autres profils, à d’autres problématiques, et surtout, à d’autres approches qu’avec les civils.

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