[PORTRAIT MÉTIER] – Du service hospitalier à la mission en mer : immersion dans le parcours engagé de Mahaut, infirmière militaire.
Partager l'actualité
Formée dans le milieu civil, Mahaut choisit de donner une nouvelle dimension à son métier d’infirmière en s’engageant dans l’institution, en 2023. Désormais infirmière en soins généraux au sein du service de chirurgie de l’hôpital régional d’instruction des armées Clermont-Tonnerre, à Brest, elle accompagne au quotidien des patients militaires comme civils. En janvier 2026, son engagement la conduit même à embarquer à bord du Charles-de-Gaulle pour une mission hors-du-commun. Interview.
Pourquoi avez-vous choisi de vous engager en tant que soignante militaire ?
J’ai toujours souhaité me sentir utile. J’ai donc décidé de m’engager afin d’avoir l’opportunité
de servir mon pays et de découvrir d’autres façons d’exercer mon métier. De plus, l’armée
offre des valeurs qui me sont chères, telles que la cohésion, l’engagement et le respect qu’elle inculque.
Avez-vous eu l’opportunité d’exercer en environnement opérationnel ?
Fin janvier 2026, j’ai eu l’honneur d’embarquer à bord du Charles de Gaulle pour une mission initialement prévue en deux temps, un exercice OTAN (ORION) puis direction l’Atlantique Nord pour la mission LA FAYETTE. Cependant, au bout d’un mois à bord, nous avons été déroutés en Méditerranée orientale en raison de la situation géopolitique actuelle. En collaboration avec d’autres soignants. À bord, mon rôle à bord consistait à prendre en charge les potentiels hospitalisés et les patients en salle de soins. Cela recoupe des missions telles que réaliser les pansements, les soins prescrits par les médecins du bord, participer aux exercices (incendie, homme à la mer, gaz délétère…) ou administrer des traitements. Lors de cette mission avec la Marine nationale, j’ai pu mettre à profit l’expérience acquise au sein de mon service de chirurgie. Mes missions consistaient à prendre en charge les patients en post-opératoire de la meilleure façon possible, ou encore réaliser des pansements selon les attentes des médecins et expliquer à mes collègues infirmiers certains protocoles parfois plus adaptés dont ils n’avaient pas forcément connaissance.

Quels types de patients et de pathologies avez-vous rencontrés à bord du Charles de Gaulle ?
Sur le Charles de Gaulle, nous sommes environ deux mille marins, de tous âges, avec des besoins différents et des histoires de vie variées. Nous prenons en charge tous types de pathologies, de la petite brûlure au soutien psychologique, en passant par l’entorse, les troubles digestifs, les plaies suturales ou encore l’appendicectomie (ablation de l’appendice). Nous avons un panel de prises en charge, toutes différentes, selon le marin se trouvant face à nous.
Comment s’organise le travail d’équipe lorsque l’on est « embarqué » ?
L’infirmerie du bord comprend de nombreuses spécialités différentes. Il y a des médecins généralistes et des infirmiers mais lorsque nous sommes en mer, l’équipe s’agrandit. Tout d’abord, le Groupement aéronaval embarqué étant présent, un médecin dédié embarque également. Lors de ma mission en janvier, trois chirurgiens nous ont rejoints : un viscéral, un orthopédiste et un ORL (tête et cou). Pour que l’équipe du bloc opératoire soit complète, il y avait également un médecin anesthésiste-réanimateur, des infirmiers de bloc opératoire et des infirmiers anesthésistes. En plus de ceux-ci, une technicienne de laboratoire et une manipulatrice en radiologie médicale étaient à bord avec nous, ainsi qu’une psychologue et une dentiste. Travailler en équipe pluridisciplinaire nous permet d’avoir des prises en charge globales et exhaustives. Au sein de l’équipe, nous avons tous un même but : la prise en charge des marins, dans un esprit de corps et en respectant la hiérarchie. Chaque soignant est disponible en cas de questions ou de besoins. En dehors de l’équipe de l’infirmerie, les valeurs militaires sont également présentes dans les autres services du bord.

Travaillez-vous avec du matériel de pointe à bord ?
Le bloc opératoire, ayant été récemment rénové, dispose d’un matériel tout à fait adapté et identique à celui que l’on trouve dans les hôpitaux à terre. Un scanner et un appareil de radiologie permettent d’effectuer les images demandées par les médecins. Le laboratoire, quant à lui, est doté d’appareils permettant des analyses approfondies. Dans sa globalité, l’infirmerie comporte du matériel suffisant pour les prises en charge que nous devons effectuer, y compris lors d’alarmes blessé. Lors de ces situations, nous devons nous déplacer avec du matériel d’urgences pour prendre en charge le blessé avant de pouvoir le transporter jusqu’à l’infirmerie. Toutefois, des travaux d’amélioration dans la salle de soins sont actuellement à l’étude afin d’optimiser nos interventions.

Quelle formation avez-vous suivie pour vous maintenir en condition opérationnelle ?
Dans le cadre du processus de préparation opérationnelle, j’ai suivi une semaine en Préparation opérationnelle initiale. Cette formation nous permet de nous former au secours au combat, effectuer nos qualifications de tir et rencontrer d’autres soignants du SSA œuvrant dans les différents hôpitaux militaires. Par la suite, j’ai réalisé une Préparation au soutien psychologique opérationnel afin d’avoir les bases nécessaires pour assurer une aide psychologique aux patients. Dans le parcours d’un soignant militaire, le stage de la Mise en condition de survie du blessé de guerre est souvent proposé pour maintenir ses compétences opérationnelles. Pour ma part, je n’ai pas encore eu l’opportunité d’y participer.
En quoi exerce-t-on autrement au SSA ?
Travailler au sein du SSA, c’est exercer dans un esprit de cohésion et d’apprentissage. Chaque personne a un parcours différent et donc des compétences variées que nous échangeons mutuellement. Dans mon service à l’hôpital, nombre de mes collègues ont effectué des missions extérieures et sont revenus avec des aptitudes et expériences qu’ils partagent. Le SSA permet d’être en permanente réflexion sur notre façon d’exercer. À bord du Charles de Gaulle, l’équipe m’a beaucoup appris, que ce soit en prenant des initiatives, en élargissant mon champ de compétences, ou plus globalement en me permettant de mieux connaître la Marine nationale.

