L’improbable parcours d’une ex-vendeuse de piscines qui fabrique des médicaments pour les soldats en tant que Civile de la Défense.

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« France Travail devait forcément se tromper » : l’improbable parcours d’une ex-vendeuse de piscines qui fabrique des médicaments pour les soldats

Laura était responsable commerciale au chômage, lorsqu’elle se retrouve convoquée par France Travail : une usine de chimie recrute. Une erreur, pense-t-elle. Ce rendez-vous improbable va pourtant faire naître chez elle une vocation pour les métiers de l’industrie, qu’elle poursuit aujourd’hui au service du ministère des Armées.

A 40 ans, Laura fabrique des médicaments pour les soldats français. Pourtant, rien ne destinait cette agente technicienne principale de 2e classe au Service de Santé des Armées à cela. Son parcours ? Bac littéraire, arrêt des études supérieures contraint – sa mère tombant gravement malade – puis une série de jobs non qualifiés. Hôtesse de caisse, ensuite vendeuse, elle devient finalement responsable d’un magasin de piscines à 24 ans. « On m’a laissé ma chance, j’ai montré ce que je valais. C’était très gratifiant. »

Mais trois ans plus tard, son conjoint est muté. Son patron de l’époque profite du creux saisonnier de la vente de piscines pour casser son contrat. La voilà donc inscrite à France Travail en Bourgogne, à des kilomètres de la ligne de flottaison de sa carrière de commerciale. L’ex-Pôle emploi, dans sa grande sagesse, lui envoie alors une convocation pour une réunion d’information sur les métiers d’opérateur de fabrication dans l’industrie chimique (https://www.challenges.fr/entreprise/industrie/apres-la-chute-de-vencorex-la-plateforme-chimique-iseroise-se-cherche-un-avenir 615137). Laura les rappelle, un peu circonspecte. « France Travail devait forcément se tromper. J’étais responsable de magasin et ils me demandaient d’aller travailler à l’usine ! » L’agence maintient. Elle y va, « un peu par hasard ». Et surtout parce qu’au chômage, « on n’a pas vraiment le choix ».

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L’improbable découverte de l’industrie chimique

Elle rencontre alors une multinationale de chimie lourde en manque de bras, qui présente ses ateliers et ses postes à une poignée de demandeurs d’emploi (https://www.challenges.fr/economie/iai-envoye-50-cv-et-la-en-4-heures-jai-un-cdi-a-la-cle-ce-dispositif-france-travail-meconnu-est-le-meilleur-moyen-de-decrocher-un-job-
durable 639365). Laura se prête au jeu avec la « conviction que ça n’allait pas le faire ». Et pourtant.

Elle réussit les tests et débarque dans l’usine pour une semaine d’observation. Elle qui arrive dans son «uniforme de commerciale » se voit troquer talons hauts et tailleur pour un bleu de travail et d’épaisses chaussures de sécurité. « Psychologiquement, je suis redescendue d’un cran » . Coup de massue supplémentaire : on l’assigne à ce que ses collègues surnomment « l’atelier soviétique », l’une des unités les plus vieilles de l’usine.

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Une arrivée brutale dans ce métier de conduite d’installation, qu’elle saura très vite apprécier. Grâce à l’ambiance de travail, d’abord. « Il n’y avait plus de rapport de séduction avec un client à convaincre, c’était beaucoup moins superficiel. » La sensation, aussi, d’être dans une fourmilière, un « magasin de jouets » loin des journées interminables (https://www.challenges.fr/vie-entreprise/quelles-sont-les-differences-entre-burn-out-bore-out-et-brown-out 825934) qu’elle a connues dans sa vie antérieure de commerciale.

Les gros labos privés, trop « business, business, business » ?

Elle reste deux ans dans cette entreprise, puis déménage pour raisons familiales. Gardant un très bon souvenir de son « atelier soviétique », elle poursuit dans l’industrie chimique, puis pharmaceutique, au sein d’un grand labo privé. Jusqu’à perdre totalement le goût du travail. Elle fabrique des médicaments qui ne sont pas vendus en France ; la logique est trop mercantile. « Cétait business, business, business. Même
quand je dépassais largement mes objectifs, ils m’en demandaient toujours plus. »Alors elle démissionne.

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Lassée de devoir se justifier sur son absence de diplôme en entretien d’embauche (https://www.challenges.fr/vie- entreprise/6-candidats-sur-10-truquent-leur-cv-voici-comment-les-entreprises-traquent-les-faussaires 871809), elle entame une VAE pour certifier ses compétences. C’est lors d’une préparation d’oral qu’elle croise une jeune femme fabriquant des médicaments pour les soldats français à la Pharmacie centrale des armées. « J’ai tout de suite su que c’est ce que je voulais faire. C’était mon job d’avant, mais avec un sens. » Elle trépigne un an
en attendant les prochaines dates de concours d’entrée, avant de les réussir.

« Orgueil et fierté » d’occuper un métier qui a du sens

En septembre 2023, elle pousse pour la première fois la porte de la Pharmacie centrale des armées. Le coup de foudre est immédiat. L’établissement est implanté
sur un camp militaire (https://www.challenges.fr/entreprise/defense/drones-lasers-systemes-dia-integree-la-silicon-valley-avait-parie-sur-la- guerre-et-rafle-aujourdhui-la-mise_641878) : autour d’elle, des hommes et des femmes en uniforme, « qui partent en OPEX [opération extérieure ; ndlr] ou en reviennent ». Elle retrouve l’effervescence qui lui avait tant manqué. Et surtout, elle fabrique antidotes et antidouleurs à destination des soldats sur le terrain. « J’ai un sentiment d’orgueil et de fierté qui m’envahit chaque matin quand je passe cette porte, car je sais que je suis
utile à mon pays. »

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Mais tout cela a un prix : 15 000 euros nets par an en moins par rapport à l’industrie privée. Avec un salaire raboté de 1 900 euros net, elle assure pourtant ne « plus jamais revenir en arrière ». Il faut dire que les horaires, plus traditionnels que ses précédents jobs, lui permettent de s’occuper de ses deux enfants autant qu’elle le veut. Lesquels ne cessent de crier à qui veut l’entendre que leur maman « sauve le monde ».

Cet article est paru dans Challenges (site web) (https://www.challenges.fr/economie/france-travail-devait-forcement-se- tromper-limprobable-parcours-dune-ex-vendeuse-de-piscines-qui-fabrique-des-medicaments-pour-les-
soldats 641951)

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source : Challenges.fr – rédactrice : Charlotte Rousset.

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