[PORTRAIT MÉTIER] Être infirmier militaire dans un sous-marin nucléaire lanceur d’engins : entre autonomie et esprit d’équipage, zoom sur le parcours d’Antoine.
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Affecté à la Chefferie du service de santé des forces sous-marines (CSS-FSM), Antoine exerce sa profession d’infirmier au Service médical de l’escadrille des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SM-ESNLE), à Brest. Originaire de Quimperlé, père de deux enfants et titulaire du diplôme d’État d’infirmier depuis 2012, il nous dévoile les réalités de ce métier passionnant dans un environnement particulier où l’esprit d’équipage domine.
« J’ai toujours souhaité prendre soin des autres en leur apportant mon soutien, tant sur le plan médical que moral. Le positionnement singulier de l’infirmier à bord des bateaux de la Marine me permet de répondre à ce souhait, quel que soit le grade du marin qui vient consulter à l’infirmerie. »
Pourquoi avoir choisi d’exercer en tant que soignant dans la Marine ?
Sans doute mon environnement familial m’a-t-il tout naturellement orienté vers la mer. Fils d’un électricien sur les chantiers navals de Lorient et petit-fils d’un marin pêcheur, j’ai toujours été attiré par l’aventure et l’esprit d’équipage et j’ai toujours pensé que la navigation était une formidable aventure.
Quelles formations avez-vous suivies pour devenir soignant militaire ?
Après quatre mois de formation militaire initiale d’officier marinier à l’école de Maistrance à Brest en 2009, j’ai rejoint l’École du personnel paramédical des armées (EPPA) de Toulon cette même année afin de suivre les trente-six mois de formation permettant de devenir infirmier dans la Marine nationale. J’ai débuté ma carrière à la Chefferie du service de santé de la Force d’action navale (CSS-FAN) avant de rejoindre les forces sous-marines (FSM) en 2018. Des forces pour lesquelles j’ai d’ores et déjà réalisé trois patrouilles sur sous-marin nucléaire lanceur d’engins, mais également occupé différents postes à responsabilités.
Quelles sont vos principales missions au sein de la Marine nationale ?
Je suis infirmier DOSIPERS de sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE). Un acronyme qui signifie que je m’occupe notamment de la dosimétrie individuelle qui consiste à mesurer l’exposition aux rayonnements ionisants, comme les rayons X par exemple. Mais il ne s’agit en réalité que d’une infime partie des fonctions de l’infirmier embarqué.
Lorsque je suis affecté à un équipage de SNLE, je travaille en équipe constituée avec un médecin et un infirmier anesthésiste. Mon quotidien consiste à assurer le suivi médical des marins et à administrer les soins courants, y compris dans l’urgence. J’assiste par ailleurs le médecin lors des interventions chirurgicales, j’effectue les radiographies et je réalise les différentes analyses de l’air et de l’eau consommée.
Actuellement affecté au SM-ESNLE ( ? qu’est-ce que cela veut-il dire ?) dans une fonction d’appui au commandement, j’assure la coordination et le suivi des parcours de formation du personnel, la mise en œuvre de la démarche qualité, mais aussi la suppléance de l’infirmier-major. J’apporte également un soutien aux équipes médicales embarquées dans différents domaines : mise à jour documentaire, appui dans le cadre de la réalisation des analyses d’eau, intermédiaire avec les industriels… À l’issue de cette affectation « à terre », j’ai vocation à embarquer de nouveau sur un SNLE.
Quels types de patients et de pathologies rencontrez-vous à bord ?
La sélection médicale étant particulièrement restrictive, les marins que nous soignons sont en bonne santé physique. Cependant, le SNLE étant un milieu qui cumule de nombreux risques, les consultations de traumatologie sont assez fréquentes, pour des motifs divers tels que des plaies, des brûlures ou des chutes, auxquels s’ajoutent les pathologies habituelles de médecine générale. Le volet santé mentale a également une place importante dans l’activité du service médical, en raison de l’isolement du marin loin de sa famille. L’objectif étant d’identifier les problèmes au plus tôt, avant même qu’ils n’en deviennent un !
De quel matériel disposez-vous à bord ?
À bord du SNLE, nous travaillons avec l’intégralité de la dotation prévue, comprenant notamment des capacités de diagnostic, des équipements de soins… Au regard de ma formation, je suis amené à utiliser préférentiellement l’appareil de radiologie, l’autoclave et les automates de laboratoire. Toutefois, et au même titre que l’infirmier anesthésiste, je suis également formé à l’utilisation du matériel d’urgence.
En tant que soignant ancrage Marine, quel type de formations spécifiques avez-vous suivies ?
Afin d’embarquer sur un SNLE, l’obtention du diplôme d’État d’infirmier est nécessaire, mais pas suffisante. Ce diplôme académique doit être complété par une formation initiale spécifique permettant d’obtenir la mention « infirmier DOSIPERS de sous-marin nucléaire lanceur d’engins ».
L’exercice de la spécialité d’infirmier à bord d’un SNLE requiert aussi la réalisation d’un parcours de formation continue adapté aux conditions d’isolement très spécifiques. À ce titre, je suis amené à réaliser, chaque année, quinze jours de stage de maintien des compétences à l’Hôpital régional d’instruction des armées Clermont-Tonnerre : cinq jours en radiologie, cinq jours au bloc opératoire et cinq jours aux consultations centralisées ou au service d’accueil des urgences.
Quels types de missions embarquées avez-vous déjà réalisées ?
Affecté au service médical de la Force d’action navale (FAN) à Brest de 2012 à 2014, j’ai effectué plusieurs missions en Atlantique à bord des patrouilleurs de haute mer (PHM), ainsi qu’un déploiement en Guyane durant deux mois à bord d’un autre patrouilleur, P400. Durant mon affectation sur le PHM « PM L’HER » de 2014 à 2016, j’ai également réalisé une mission Corymbe en Afrique de l’Ouest ainsi qu’un déploiement en Méditerranée et en mer Noire dans le cadre de l’opération EUNAVFOR MED. J’ai terminé mon parcours à la FAN en effectuant une dernière mission Corymbe sur le PHM « LV LE HENAFF ».
Un souvenir marquant de prise en charge médicale à évoquer ?
L’infirmier embarqué en situation isolée cherche en permanence à anticiper tous les scénarios en mer, mais certains restent imprévisibles et parfois particulièrement exigeants. En 2015, à l’occasion d’une mission en Atlantique lorsque j’étais affecté sur le PHM « PM L’HER », j’ai été contraint de suturer un marin dans des conditions de mer particulièrement difficiles, avec l’aide d’un brancardier qui m’a accompagné en me ceinturant pour éviter que je bouge trop ! À ce moment, j’ai mesuré toute la complexité de l’exercice du métier d’infirmier en milieu potentiellement hostile.
Comment l’esprit d’équipage se manifeste-t-il au quotidien ?
L’entraide fait partie intégrante de la panoplie du marin embarqué ! L’expression « tous dans le même bateau » n’est pas galvaudée ! Chaque marin de l’équipage, du commandant au matelot, constitue un maillon essentiel pour l’accomplissement de la mission. La curiosité du métier de l’autre est également le maître mot, et particulièrement à bord des SNLE. Celle-ci est encouragée dans le cadre du passage des certificats élémentaires et supérieurs du sous-marinier. Ces certificats viennent reconnaître l’expertise acquise en matière de connaissance du milieu sous-marin.
Un mot pour ceux qui envisageraient de suivre la même voie que vous ?
Devenir infirmier ancrage Marine, c’est faire le choix d’acquérir une expérience professionnelle unique et d’exercer un métier passionnant en participant directement à la crédibilité de la dissuasion nucléaire française. Rejoignez-nous !

