[PORTRAIT METIER] « Une médecine de l’anticipation » : zoom sur le quotidien du médecin principal Nils, engagé au service du collectif.

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Plonger au cœur de la médecine militaire, c’est découvrir bien plus qu’un métier : un engagement total, où l’exigence du soin rencontre les réalités du terrain. De son entrée à l’École de santé des armées (ESA) à ses missions en opérations extérieures, le médecin principal Nicolas revient sur un parcours singulier, fait de rigueur, d’adaptation et de cohésion. Entre pratique médicale, préparation opérationnelle et responsabilité humaine, il raconte une vocation au contact des hommes… et de l’imprévu.  

Vous vous êtes engagé au Service de santé des armées dès le début de vos études de médecine. Pourquoi avez-vous choisi l’École de santé des armées plutôt qu’un cursus civil ?

J’ai découvert l’existence de l’École de santé des armées (ESA) lorsque j’étais au lycée, notamment grâce à mon père qui était militaire dans la Marine nationale. À l’origine, je voulais simplement faire de la médecine, du soin. Puis on m’a présenté cette voie comme une manière différente d’exercer.

J’étais déjà très attiré par le sport, l’aventure, les activités extérieures… donc naturellement, je me suis dit : Pourquoi pas ? Je me suis renseigné, j’ai rencontré des professionnels et j’ai finalement présenté le concours après le bac. Ça s’est bien passé, et j’ai intégré l’ESA.

Vous avez donc réalisé tout votre cursus à l’École de santé des armées. Comment la formation est-elle structurée ?

On suit un double cursus. D’un côté, la formation médicale universitaire classique via la faculté de médecine, pour ma part suivie à Lyon Sud, avec les stages hospitaliers. De l’autre, l’ESA dispense une formation spécifique à l’environnement militaire. On y apprend notamment la médecine appliquée aux armées : médecine tropicale, médecine du sport, médecine d’altitude… Ce sont des modules complémentaires qui viennent enrichir la formation classique. Aujourd’hui, les élèves passent également davantage de temps en antennes médicales et dans les hôpitaux militaires, ce qui n’était pas autant le cas à mon époque.

« C’est en partageant leur quotidien […] qu’on devient réellement médecin militaire. »

À quel moment entre-t-on réellement dans le concret du métier de médecin militaire ?

Le vrai basculement se fait pendant l’internat. On devient médecin, avec une autonomie progressive, mais toujours encadrée. On enchaîne des stages de six mois, notamment aux urgences, et on prend rapidement des responsabilités, y compris en garde de nuit. En parallèle, on effectue aussi des stages dans les unités de la médecine des forces, notamment en antenne médicale. Personnellement, j’ai choisi des régiments parachutistes et j’ai orienté ma thèse sur la traumatologie liée au parachutisme militaire.

La spécificité militaire ne s’apprend pas uniquement en salle de cours. Bien sûr, il existe des modules dédiés, comme la médecine des forces terrestres, mais l’essentiel s’acquiert sur le terrain, au contact des unités. Soigner des militaires, comprendre leurs contraintes, leur environnement, leurs missions… ça, on ne peut l’apprendre qu’en vivant avec eux. C’est en partageant leur quotidien, en les accompagnant à l’entraînement, en comprenant leurs problématiques, qu’on devient réellement médecin militaire.

A quoi ressemble votre quotidien en antenne médicale ?

Il y a deux volets. D’un côté, l’activité classique de consultation et d’expertise médicale. De l’autre, toute une partie entraînement. Dans les unités parachutistes, par exemple, beaucoup de médecins sont eux-mêmes brevetés Parachutistes. On s’entraîne donc au saut, parfois en chute opérationnelle, ce qui demande un investissement important. On s’entraîne aussi avec les unités : tir, procédures, évacuation sanitaire, exercices régimentaires… L’objectif est de rester opérationnel et crédible auprès des soldats que l’on soutient.

« Une médecine de l’anticipation. »

La préparation d’une mission de soutien Santé en opérations extérieures est particulière. Comment se déroule-t-elle ?

C’est un travail collectif et très rigoureux. On prépare la mission avec le commandement, en anticipant les risques, les types de blessures possibles, et surtout les contraintes logistiques. Quand on part, tout ce qu’on a, c’est ce qu’on porte. Il faut donc faire des choix : quoi prendre, quoi laisser. Chaque élément compte. C’est une médecine de l’anticipation, de l’adaptation, où la réflexion en amont est essentielle pour être efficace une fois sur le terrain.

Justement, quel type de médecine pratique-t-on dans un cadre opérationnel ?

La majorité du temps, on pratique de la médecine générale : consultations courantes, pathologies bénignes, infections… Mais il faut être prêt à gérer des situations beaucoup plus graves : blessures de guerre, traumatismes lourds, polytraumatismes. Là, tout repose sur la capacité à faire le bon geste, au bon moment.

Il ne faut pas en faire trop, mais ne pas en faire trop peu non plus. Chaque action doit être réfléchie. Plus on reste longtemps sur une zone dangereuse, plus on expose tout le monde. L’objectif est de stabiliser le blessé rapidement pour permettre son évacuation vers une structure plus adaptée. Tout repose sur une chaîne bien rodée, où chacun, du combattant au médecin, connaît son rôle.

En opérations extérieures, quelle place occupez-vous dans la chaîne de soin ?

J’ai eu la chance de partir au sein d’une unité médicale opérationnelle à chaque départ. Equivalent rôle 1 (médecine d’urgence au plus près des combats), elle implique le déploiement au plus près des zones d’action des militaires sur le terrain, que ce soit en véhicule, dans une infirmerie de campagne ou en sautant d’un aéronef.

Vous êtes donc breveté Parachutiste, comment obtient-on le brevet ?

J’ai passé mon Brevet de parachutisme militaire en 2011 durant ma formation en école. A l’issue d’un stage en corps de troupe au 3ème Régiment de parachutiste d’infanterie de Marine (3RPIMA) en 2010 j’ai immédiatement su que la médecine dans le milieu parachutisme serait mon domaine d’exercice.

Obtenir ce brevet est un prérequis pour être affecté au sein du 11ème Centre médical des armées (CMA – future 11ème Chefferie Service Santé) qui soutient l’ensemble des unités de la 11ème brigade parachutiste. Tout personnel affecté dans cette unité doit être apte physiquement et médicalement et se voit passer le brevet immédiatement dès son affectation.

Puis j’ai passé le Brevet de saut opérationnel grande hauteur (SOGH ou chuteur opérationnel) en 2021 au cours de ma 1ère affectation à la 167ème antenne médicale à Carcassonne (11), qui soutient le 3ème RPIMa*.

Le 11ème CMA dispose d’un pool de médecins et infirmiers volontaires et sélectionnés pour soutenir les missions du Groupement commando parachutiste (GCP) : l’Appui médical opérationnel spécialisé (AMOPS). Pour l’intégrer cela implique la réalisation d’une première opération extérieure suivie de tests de sélections physiques et de connaissances médicales avec des simulations en conditions isolées/dégradées et enfin la validation d’un niveau 2 commando. Le passage du brevet de SOGH de 3 mois à l’Ecole des troupes aéroportées à Pau (64) clôture ce cursus de sélection et nous permet d’effectuer des missions de soutien au côté du GCP.

« Donner du sens à l’action collective. »

C’est un environnement particulier, stressant, dans lequel on est soumis à de fortes pressions psychologiques. Comment gère-t-on la pression ?

Il faut d’abord croire en ce que l’on fait. En notre mission, en notre rôle, en notre engagement. Cet engagement, il doit être solide, parce que dans les moments difficiles, c’est ce qui permet de tenir. Il faut aussi embarquer son équipe, donner du sens à l’action collective. Et puis il y a l’équilibre personnel : la famille, les proches. Ce sont eux qui permettent de décompresser, de prendre du recul.

Quels sont les moments les plus gratifiants du métier de médecin militaire ?

Il y en a plusieurs. Sur le plan professionnel, c’est la cohésion. Quand une équipe fonctionne bien, qu’elle adhère à un projet commun, c’est extrêmement gratifiant. Parfois, ce sont des moments simples : se retrouver en dehors du service, partager autre chose que le travail… Ça signifie qu’on a construit quelque chose de solide. Sur le plan personnel, les moments où l’on retrouve sa famille après une mission sont précieux.

Que diriez-vous à un médecin pour l’inciter à s’engager ?

Je lui dirais que si on s’engage sincèrement, on peut vivre des expériences exceptionnelles, que peu de médecins auront l’occasion de connaître. La diversité des parcours est immense, et certaines expériences, comme sauter d’un avion en opération, sont tout simplement uniques.

*Affecté à la 167éme AM de 2019 à 2024, il est désormais affecté à la 168ème antenne médicale à Castres (81), qui soutient le 8ème RPIMa, depuis 2024.

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