[PORTRAIT METIER] – Infirmier en soins généraux Oyhana, infirmière en antenne médicale : une pratique guidée par l’expérience.
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Entre engagement, exigence opérationnelle et passion du soin, l’infirmière en soins généraux Oyhana incarne une génération de soignants prêts à intervenir dans les environnements les plus exigeants. De sa formation à l’École du personnel paramédical des armées (EPPA) à ses missions en Guyane et en Afrique, elle revient sur un parcours où se mêlent rusticité et sens du collectif. Aujourd’hui responsable d’une cellule urgence au sein des Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan, elle partage sa vision du métier, au plus près du terrain et des hommes qu’elle soutient.
Pourquoi avez-vous choisi de vous engager sous l’uniforme ?
C’est une envie que j’ai toujours eue. Depuis mon adolescence, j’avais cette idée en tête, mais je voulais prendre le temps de réfléchir et être sûre de mon engagement. C’est pour cela que je ne me suis pas engagée tout de suite après l’obtention de mon baccalauréat. J’ai d’abord commencé mon cursus universitaire avec une première année de médecine dans le civil, mais cela ne me correspondait pas entièrement. Je suis très attachée à mon pays et je voulais exercer un métier utile à mon sens, tout en restant proche de l’humain. En me renseignant, le métier d’infirmier militaire s’est imposé comme une évidence, à la fois pour son côté opérationnel et pour le lien que nous pouvons avoir avec les personnels militaires soutenus.
Qu’est-ce que la formation initiale à l’EPPA vous a apportée et que comprend-elle ?
Elle m’a apporté de la rusticité, le dépassement de soi et surtout un fort esprit de cohésion. Nous apprenons à travailler en équipe, à s’entraider et à mieux se connaître dans l’effort. Ce sont des éléments essentiels pour la suite de la carrière.
Nous y découvrons les bases du métier de soldat : le tir, les phases de combat, le commandement au niveau chef d’équipe. En parallèle, il y a une forte dominante santé, avec toute la formation au sauvetage au combat. Sur les trois années, on acquiert un niveau 2, avec une évolution de connaissances vers le niveau 3, validé ensuite avant les départs en mission.
« Trouver le bon équilibre entre autorité et bienveillance. »
Vous avez rejoint une antenne médicale après votre formation initiale. Où étiez-vous affectée ?
J’ai été affectée à la 15e antenne médicale de Versailles (78). Avant cela, j’ai effectué une formation complémentaire à l’ENSOA (Ecole Nationale des Sous-Officiers d’Active) à Saint-Maixent (72), dans le cadre de mon parcours en semi-direct (NDLR : évolution professionnelle interne), qui m’a permis d’obtenir le certificat miliaire de 1er degré équivalent au niveau de chef de groupe de combat.
Nous soutenions de nombreuses entités différentes : directions, services interarmées, unités administratives… ainsi que certaines structures comme le Service du commissariat des armées (SCA) à Rambouillet (78). C’était un environnement très varié, avec beaucoup d’interlocuteurs différents.
À quoi ressemble le quotidien dans une antenne médicale ?
Cela dépend beaucoup de l’antenne médicale dans laquelle nous exerçons. A Versailles, par exemple, nous étions une petite équipe de trois infirmiers. Cela nous permettait d’être très polyvalents : nous étions amenés à travailler dans l’ensemble des cellules (pharmacie, prévention, parcours de soins, urgences, accueil…). Cette organisation nous permettait de connaître parfaitement le fonctionnement global de l’antenne et d’assurer la pérennité des cellules de nos collègues en cas d’absence.
On y retrouve une grande diversité de soins : prises de sang (routine ou urgence), visites médicales d’incorporation, soins courants (abcès, suivi post-opératoire…), urgences (sutures, douleurs thoraciques, AVC), traumatologie. C’est une activité très complète, à la fois proche de la médecine apparentée à la médecine du travail et à la médecine d’urgence.

Qu’apprend-on en antenne médicale que l’on n’apprend pas en école ?
Les infirmiers militaires apprennent à se positionner en tant que sous-officier, à encadrer des auxiliaires sanitaires, à trouver le bon équilibre entre autorité et bienveillance. Nous découvrons aussi les différents modes de communication selon les interlocuteurs (militaires du rang, sous-officiers, officiers), tout en gardant la même exigence de soin pour tous. Enfin, il y a toute la dimension administrative et du ressors des ressources humaines, avec la gestion des arrêts de travail, du suivi du parcours de soin des soutenus ou des échanges divers avec les unités.
Comment vous êtes-vous orientée vers l’urgence ?
Le déclic s’est fait lors de mon affectation à Versailles. Nous avions la chance d’être proches de l’Hôpital national d’instruction des armées Percy (Clamart – 92), où nous faisions des maintiens de compétences dans différents services, notamment aux urgences. Nous avions aussi une convention avec le SDIS 78, qui nous permettait de faire des gardes doublées par des infirmiers sapeurs-pompiers professionnels ou volontaires. Enfin, j’ai travaillé avec un médecin commissionné issu des Structures mobiles d’urgence et de réanimation. Une expérience qui m’a beaucoup appris sur la gestion médicale et émotionnelle lors de prises en charge d’urgence. C’est ce mélange d’expériences qui a déclenché cette attirance pour la médecine d’urgence.
« Rigueur et autonomie. »
Êtes-vous déjà partie en opérations extérieures ?
J’ai été déployée en Guyane en 2022, environ un an après ma sortie d’école, dans le cadre de l’opération Harpie (lutte contre l’orpaillage illégal). C’est une mission très formatrice car les départs en forêt de manière autonome sans médecin ni auxiliaire sanitaire sont fréquents. Les déplacements se font à pied, souvent après une infiltration en hélicoptère, avec tout le matériel vie et sanitaire sur le dos. Cela représente un poids non négligeable et qui doit donc être adapté et anticipé. Nous apprenons à vivre dans l’environnement très exigeant que représente la forêt amazonienne.

Quel type de soins pratique-t-on dans ce type d’environnement ?
Nous pouvons être conf peut être confronté à des situations très variées : morsures d’animaux (chauves-souris, serpents), traumatologie (chutes, machettes), pathologies liées à l’environnement (infections, troubles digestifs), gestion de pathologies liées à la vie en groupe (toxi-infection alimentaire collective…). Il faut aussi assurer un soutien moral et psychologique, qui fait pleinement partie du rôle.
Qu’est-ce que cette mission vous a appris ?
L’adaptabilité. On travaille avec peu de moyens, dans des conditions d’hygiène dégradées, avec des communications limitées. Il faut être capable de prendre des décisions seules, en s’appuyant sur des protocoles. C’est une mission qui demande rigueur et autonomie.
Vous êtes également partie en Afrique. Pourquoi y avez-vous été déployée ?
J’ai été déployée en Afrique en 2024 pour un détachement de coopération avec l’armée nationale du pays avec un détachement d’un régiment parachutiste. Nous étions initialement « Soutien sanitaire du détachement », mais rapidement, nous avons aussi participé à la formation de l’armée locale, notamment en sauvetage au combat. C’était un véritable échange : nous apportions notre expertise, et nous apprenions aussi des autres, notamment sur les aspects tactiques et militaires.
Qu’est-ce que ces missions vous ont apporté ?
Ce sont des expériences formatrices et fondatrices. Elles donnent du sens à notre engagement et permettent de vivre des situations uniques, très peu accessibles en tant qu’infirmier exerçant dans le milieu civil. Elles apportent aussi beaucoup d’enrichissement en terme de positionnement avec ses subordonnés : on découvre diverses manières d’être un chef au contact des différentes.
« Chaque expérience, chaque unité dans laquelle nous sommes affectés apporte quelque chose. »
Quelle fonction occupez-vous aujourd’hui ?
Je suis responsable de la cellule urgence et soins. Je gère la salle d’urgence, la salle de soins, les véhicules d’intervention, ainsi que le matériel. Je travaille en lien avec des réservistes issus du des services d’urgence civils et avec un médecin référent. Nous élaborons et mettons à jour les protocoles, en lien avec les recommandations actuelles.
Nous soutenons les Académies Militaires de Saint-Cyr Coëtquidan de l’armée de Terre : l’École spéciale militaire (ESM), l’École militaire interarmes (EMIA) et l’École militaire des aspirants (EMAC). Ainsi que les autres unités de soutiens et le Groupement d’Instruction des Troupes de Marine.
À quel type d’urgences êtes-vous confrontée ?
C’est un environnement très dynamique. Nous sommes principalement confrontés à la traumatologie, liée à l’activité physique intense : entorses, fractures, luxations, douleurs rachidiennes, urgences médicales (AVC, douleurs thoraciques), coups de chaleur et diverses infections.


Quel est votre rôle en tant que chef de cellule ?
J’encadre deux auxiliaires sanitaires. Nous travaillons ensemble sur l’organisation, le matériel, les procédures. Ils sont force de proposition, et nous construisons collectivement les solutions, en lien avec le médecin référent. C’est un travail permet une réelle collaboration au sein de la cellule.
Comment ces expériences passées ont fait de vous le chef que vous êtes aujourd’hui ?
Toutes les expériences passées influent sur notre quotidien, que ce soit dans notre vie personnelle ou bien dans notre vie professionnelle. Concernant notre rôle de chef, lorsque nous sortons de l’école, nous sommes jeunes diplômés et par conséquent, nous n’avons aucune expérience. Le passage par l’ENSOA, les discussions et partages que nous pouvons avoir avec les caporaux-chefs qui ont une grande expérience en antenne médicale, notre première mission… tout cela nous donne de l’assurance. Il y a aussi la responsabilité des cellules qui nous en donne encore plus. Et bien sûr, les années passées dans une même antenne nous permettent de comprendre le fonctionnement, de créer des relations de contact au sein des unités soutenues. Tout cela, m’a permis de créer ma propre manière d’assurer mon rôle de chef : sur les soutiens sanitaires en France vis-à-vis des auxiliaires sanitaires ou bien du chef de détachement pour assurer l’évacuation des blessés ; en mission, afin de coordonner au mieux la prise en charge des soldats ; en antenne, afin que cela se déroule le mieux possible chaque jour.
Seriez-vous prête à repartir en mission ?
Oui, sans hésiter ! C’est même l’une des principales motivations du métier : partir, s’engager, vivre des expériences fortes. Cela représente un engagement à temps plein qui demande de la disponibilité à toute heure et chaque jour. Chacune des missions vécues nous aide à évoluer autant dans notre vie professionnelle que personnelle.
