[PORTRAIT] « Apaiser les angoisses et canaliser les émotions de nos patients. » Lionel, Infirmier à l’HRIA Clermont-Tonnerre

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Rien ne semblait destiner l’infirmier en soins généraux de 2ème grade (ISG2G) Lionel à la psychiatrie. Et pourtant, après une formation à l’École nationale de spécialisation du Service de santé des armées et un parcours dans le recrutement médical, Lionel a trouvé dans la santé mentale un sens à son engagement de soignant militaire.
Rattaché au service de psychiatrie de l’hôpital régional d’instruction des armées Clermont-Tonnerre de Brest (29) depuis 2012, l’ISG2G Lionel revient sur un parcours atypique marqué par une vocation forte.

Comment s’incarne votre rôle d’infirmier en psychiatrie au quotidien ?

Mon travail consiste principalement à apaiser les angoisses et à canaliser les troubles et les émotions de nos patients. L’écoute, la présence et le temps sont les maîtres mots en psychiatrie. La psychoéducation et le soin relationnel sont la base de la prise en charge des différentes pathologies rencontrées dans le service (syndrome dépressif, décompensation psychotique, crise suicidaire, sevrage, schizophrénie, état de stress post-traumatique…).

Les militaires souffrant de traumatismes psychiques représentent une part importante de nos hospitalisés. Notre service se structure en ce sens avec la création récente du pôle réhabilitation incluant la médecine physique et de réadaptation.

Comme activité transversale sur l’hôpital, je m’occupe également des étudiants infirmiers de première, deuxième et troisième années. Nous sommes une petite équipe, tous référents de nos services respectifs, pour encadrer et animer leurs analyses de pratique professionnelle lors d’ateliers communs. La transmission du savoir est plus qu’importante, c’est notre mission à tous.

Quelles sont les activités thérapeutiques que vous proposez aux patients ?

Les patients doivent être acteurs de leurs soins et notre but est de les y amener. Pour se faire et y parvenir, nous les encadrons et accompagnons au travers d’activités tel que l’ergothérapie (travail du bois, peinture, couture, jeux, art créatif, etc..) des séances d’expressions et de médiations corporelles telle que la relaxation.

Des activités physiques telles que le vélo, le rameur, le tapis de marche, le banc de musculation mais aussi le tennis de table se pratiquent dans notre salle de sport. Le mercredi matin, ils peuvent aller à la piscine. Le jeudi, nous organisons des sorties thérapeutiques : club nautique, marche, expositions, etc.

Des groupes de paroles dans la prise en charge des addictions et des « semaines résiliences » pour les états de stress post-traumatique également proposés.

Avec quelles autres structures et partenaires du monde militaire ou civil travaillez-vous ?

L’offre de soins est diversifiée : elle comprend de l’hospitalisation conventionnelle libre, de nuit, de weekend et à la journée. Pour assurer cela, je fais partie d’une équipe pluridisciplinaire, forte d’une quarantaine de professionnels. Nous travaillons de concert avec les psychiatres, les psychologues, les somaticiens, les internistes, les ergothérapeutes, les aides-soignants, les agents de services hospitaliers, les secrétaires, l’assistante sociale ainsi que des réservistes mobilisés pour notre service.

Nous sommes en lien aussi avec les cellules d’aides aux blessés et malades des Armées, avec la maison ATHOS, l’Office national des combattants et des victimes de guerre et certaines associations notamment Solidarité Défense. Nous formons également des étudiants en médecine, des élèves infirmiers et des aides-soignants tous au long de l’année.

Entre apprentissage quotidien et formations continues, comment entretenez-vous votre expertise ?

Je me forme et j’apprends tous les jours auprès des médecins. Pour ma part, je suis formé aux techniques d’optimisation du potentiel et formateur aux premiers secours psychologiques opérationnels.

A l’hôpital, nous disposons d’une large offre de formations et des stages en lien avec notre activité « psy » proposée chaque année tels que les stages « Rencontres militaires blessures et sports ». Par ailleurs, notre chef de service a institué « les jeudis de la psychiatrie ». Une initiative grâce à laquelle je reste informé sur différents sujets et thèmes prédéfinis en lien avec la santé mentale, avec le plus souvent des intervenants extérieurs. Cette proposition est aussi accessible en visioconférence pour les Centres médicaux des armées et antennes médicales. L’accès à ce contenu est crucial car la psychiatrie gagne à être connue car de près comme de loin, nous tous, vous comme moi, y sommes confrontés au quotidien.

Les opérations extérieures font-elles encore partie de votre champ d’action ?

Oui ! Toute personne volontaire et apte peut prétendre à partir en mission, même si le rôle de soutien psychologique revient aux psychiatres et aux psychologues. J’ai eu, pour ma part, une expérience opérationnelle très riche : de la République centrafricaine en 1997 au Gabon en 2006, puis en Guyane, en Afghanistan et en Côte d’Ivoire, mes affectations m’ont conduit sur des terrains très différents. Être infirmier au plus près des blessés, travailler aux côtés des équipes médico-chirurgicales en rôle 2… ce sont des expériences intenses qui donnent tout leur sens à notre métier.

Vers quelles fonctions pourriez-vous évoluer à l’avenir ?

Je ne me ferme aucune porte. Je pourrais faire l’école des cadres et pourquoi pas travailler en Direction. Mais je dois être honnête, je préfère pour l’instant rester au plus près du patient. Je m’épanouis dans le soin. Cela fait partie de mon ADN !

L’un de mes moments préférés de la semaine est vraiment le moment où je pousse la porte d’entrée de mon service et que je me dis : « qu’est ce qui m’attend aujourd’hui … ?! » (Rires). Cette part d’inconnu me conditionne pour la journée.

Comment se manifestent les valeurs de cohésion et d’engagement dans votre métier ?

Lorsque tu fais face à « l’adversité » et que toute l’équipe ne fait plus qu’un, tu comprends à cet instant toute la signification du mot engagement. Quand ce sentiment se manifeste, tu ressens et tu touches du doigt les valeurs d’unité et de cohésion. Parfois, on n’a pas besoin de parler, un regard suffit pour se comprendre. Le Service de santé des armées est une grande famille. On a besoin des uns et des autres. Nous avons un déterminisme commun : ce lien du soin qui nous unit quoi qu’il arrive.

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