[PORTRAIT] Réserve opérationnelle : « Conjuguer expertise médicale et esprit de cohésion » Paul, interne en radiologie
Partager l'actualité
Loin d’être une simple parenthèse dans un parcours médical, l’engagement dans la réserve opérationnelle du Service de santé des armées (SSA) offre aux jeunes soignants une autre manière d’exercer leur métier. C’est dans cette perspective que Paul, 28 ans, interne en radiologie à Brest (29), a choisi de devenir réserviste. Affecté, depuis janvier dernier, à l‘Hôpital régional d’instruction des armées Clermont-Tonnerre à Brest, il voit dans cet engagement une continuité logique entre son intérêt personnel pour l’institution et son désir professionnel d’utilité et de polyvalence.
Qu’est-ce qui a déclenché votre envie de devenir réserviste au sein du SSA ?
Mon attrait pour le milieu militaire remonte au lycée, où j’ai entendu parler pour la première fois du Service de santé des armées lors d’un forum des métiers à Rennes. J’avais alors envisagé d’intégrer directement l’École de santé des armées, mais mon choix de me spécialiser en radiologie — spécialité difficilement accessible via le concours militaire — m’a conduit à rester dans le circuit civil. L’option de la réserve s’est donc imposée comme une voie intermédiaire naturelle, afin de découvrir l’institution de l’intérieur, tout en poursuivant mon cursus civil.
Au-delà de la curiosité intellectuelle, ce sont des valeurs humaines fortes qui m’ont motivé : cohésion, esprit d’équipe, utilité directe auprès des forces. La possibilité de mettre mes compétences médicales au service d’un collectif engagé donne un sens particulier à ma pratique, bien au-delà de l’environnement hospitalier classique.
Concrètement, à quelle cadence comptez-vous intervenir au sein de la réserve ?
Mon parcours en tant que réserviste n’en est encore qu’à ses débuts, mais je prévois de m’impliquer à hauteur de 30 jours par an. Ma mission principale consistera à choisir le bon examen (IRM, scanner, radiographie ou échographie) en fonction de la pathologie étudiée ainsi que du contexte clinique, à transmettre le protocole aux manipulateurs en radiologie, pour ensuite interpréter les images et rédiger un compte-rendu.
Je travaillerai de concert avec un radiologue senior, réserviste ou d’active, qui sera là pour superviser et interpréter les examens. Finalement, j’aurai les mêmes missions à réaliser que dans mon emploi civil, mais au profit de l’institution militaire. Cet engagement me permettra d’approcher ma spécialité sous un autre angle, et d’enrichir mes connaissances en radiologie, ce qui est grandement bénéfique à cette étape de ma formation.
On m’a également proposé de participer aux gardes aux urgences afin de renforcer les effectifs et d’élargir mes compétences. J’ai aussi été sollicité pour contribuer à la formation des étudiants en médecine, soit en jouant le rôle de patient dans le cadre d’examens cliniques, soit en les préparant à ces nouvelles modalités d’évaluation. Cette diversité de missions permet d’acquérir une expérience clinique riche et transversale.
Quels types de formations souhaitez-vous réaliser pour renforcer vos compétences en tant que réserviste ?
Je vais prochainement suivre la formation de réserviste niveau 2, ainsi qu’un module spécifique de sauvetage au combat, qui couvre des compétences-clés comme la prise en charge de chocs hémorragiques, la gestion de blessures par balles ou encore les protocoles d’intervention d’urgence sur le terrain. Ces formations sont bien plus qu’un complément : elles constituent un socle de compétences spécifiques à l’environnement militaire, où la réactivité, l’autonomie et la rigueur sont essentielles.
Êtes-vous susceptible de partir en opération extérieure ?
À ce stade, un départ en opération extérieure reste hypothétique. Dans la pratique, ce sont surtout les manipulateurs radio qui sont déployés pour effectuer les examens, tandis que les radiologues interviennent depuis le territoire national pour l’interprétation à distance.
Que diriez-vous à un professionnel pour l’inciter à s’engager dans la réserve ?
Je dirais que la réserve est une expérience profondément enrichissante, tant sur le plan humain que professionnel. On y découvre un autre rapport à la médecine, plus immédiat, plus collectif, et on y renforce des compétences qu’on utilise aussi dans le civil, mais avec une réflexion différente sur les enjeux, le temps, l’équipe et la mission.
C’est aussi une manière souple et progressive d’entrer dans le monde militaire : on peut tester l’environnement, ses valeurs, son organisation, avant d’envisager un éventuel passage dans l’active. Pour ma part, je n’exclus pas un engagement à temps plein à terme. La réserve me permet aujourd’hui de découvrir le milieu et si l’expérience confirme mon intérêt, je suis prêt à m’engager plus durablement.


