[PORTRAIT] T. « Je fais partie de l’équipe à part entière. » Nolwenn, infirmière réserviste dans la Marine nationale.
Partager l'actualité
À 24 ans, Nolwenn, jeune infirmière, partage son expérience au sein de la réserve du Service de santé des armées (SSA). Affectée à la Chefferie du Service de santé de la Force d’Action Navale (CSS FAN) à Brest (29), elle incarne une nouvelle génération de soignants engagés dans la défense. À travers cet échange, elle évoque son parcours, ses missions, sa vision du métier de réserviste et l’équilibre qu’elle parvient à maintenir entre vie civile et engagement militaire. Un témoignage authentique et inspirant.
CDT. Pourquoi vous être engagée dans la réserve opérationnelle ?
Je viens d’une famille teintée d’une forte tradition militaire. J’ai grandi dans le respect du drapeau, de la patrie, et cette culture m’a toujours portée. Mon père était manœuvrier puis patron dans la Marine nationale. Il aussi combattu, notamment lors de la guerre du Golfe, et a ensuite effectué le stage commando. Mon grand-père, lui, était gradé dans l’armée de l’air et de l’espace.
Malgré cette culture familiale, j’étais loin d’imaginer que la réserve ferait partie de mon parcours. C’est mon conjoint, militaire de métier, qui m’a parlé de la réserve opérationnelle du SSA, au sein de la Marine nationale et des particularités de la mission. Vaccinations, bilans de santé, suivi des militaires… J’ai été immédiatement séduite par l’aspect préventif du métier. J’ai découvert un versant du métier que je ne connaissais pas, très complémentaire avec le milieu l’hospitalier.
Grâce à la réserve, je peux combiner deux types de pratique techniques : celle que je pratique dans le civil, auprès d’une population plus âgée et polymorbide, et celle que j’applique dans un contexte militaire, auprès de jeunes adultes en bonne santé, souvent dans une logique de prévention et de projection. Aujourd’hui, en étant réserviste, je retrouve ce cadre, cette rigueur, ce patriotisme. Cela donne du sens à mon engagement, et j’y suis profondément attachée.
En quoi consistent vos missions en tant que réserviste ?
Mes missions consistent à renforcer ponctuellement les effectifs infirmiers du service médical de la force d’action navale de Brest. Pour se faire, je participe à des campagnes de vaccination, à des bilans médicaux périodiques, à la prise en charge de patients militaires, mais aussi à la continuité des soins lorsque des collègues d’active sont déployés.
Mais mes tâches ne s’arrêtent pas là : je pourrai bientôt embarquer sur un bâtiment de surface, grâce au stage de « navalisation », en attente de validation que j’ai récemment passé. Cette formation en mer, conduite par un infirmier pendant une semaine est une condition indispensable pour un embarquement. Elle permet d’acquérir les bases de la vie en mer et du fonctionnement médical à bord. Une fois formée, je pourrai être déployée sur des missions de courte ou moyenne durée, en fonction de mes disponibilités.
A quelle fréquence êtes-vous mobilisée ?
Je suis mobilisée environ cinq jours par mois, selon les besoins et mes disponibilités. J’ai aménagé mon emploi civil en conséquence, avec un contrat à 90 % pour dégager du temps de repos que je consacre à la réserve opérationnelle. C’est un équilibre grâce auquel je peux concilier mon activité hospitalière et mon engagement militaire.
Quelle relation entretenez-vous avec les militaires d’active ?
Les liens sont très bons, même si cela a nécessité un peu de pédagogie au départ. Il faut bien s’assurer que chacun comprenne que nous sommes là en appui, pour des soutiens ponctuels en cas d’absences, de surcharges ou de missions extérieures. Cela a permis d’instaurer une vraie relation de confiance. Je fais désormais partie de l’équipe à part entière, avec une vraie intégration. Dans la pratique quotidienne, il n’existe pas de distinction entre les militaires d’active et de réserve.
Serez-vous amenée à suivre des formations complémentaires en plus de votre formation militaire initiale à l’avenir ?
Il me reste trois modules de formation de cinq jours à suivre avant de pouvoir embarquer. Ils me donneront l’habilitation nécessaire pour monter à bord de la plupart des bâtiments de surface, à l’exception de ceux qui accueillent des unités de plongeurs, pour lesquels une formation spécifique supplémentaire est requise.
En parallèle, je continue de me former dans le civil, ce qui nourrit également mon engagement militaire. À terme, je ne ferme pas la porte à un engagement dans l’active, mais pour le moment, le statut de réserviste me convient parfaitement. Il m’offre de la liberté, de la souplesse et un équilibre de vie appréciable.
Avez-vous déjà été déployée en opération extérieure ?
Je n’ai pas encore été déployée en opération extérieure, mais cela pourrait arriver si mes disponibilités et les besoins le permettent. L’objectif, après la formation adéquate, est de pouvoir embarquer sur des bâtiments militaires pour des missions médicales, que ce soit en appui logistique, en prévention ou en soins courants. Cela dit, j’ai participé à l’exercice « POLARIS » le 20 mai 2025, exercice à échelle nationale, dans le cadre du sauvetage au combat.
Quels types de patientèles rencontrez-vous dans votre quotidien ?
Aujourd’hui, je travaille sur des patients majoritairement âgés, souffrant de plusieurs pathologies combinées. Cela me permet de développer une expertise clinique très utile, mais aussi de voir une grande diversité de pathologies.
À l’inverse, dans la réserve, je travaille avec une population jeune et globalement en bonne santé. Mes missions s’articulent autour de la prévention : vaccinations, bilans biologiques, tests auditifs, contrôles visuels, etc. Ces deux versants me donnent le sentiment d’avoir une vue plus globale et équilibrée de la pratique infirmière.
Que diriez-vous à un professionnel de santé pour l’inciter à s’engager ?
Je dirais simplement : « Quand il y a un doute, c’est qu’il n’y a pas de doute. » Autrement dit, il faut tenter l’expérience. La réserve, ce n’est pas un engagement à vie. C’est une opportunité d’enrichir sa pratique, de découvrir un autre univers, de tester son appétence pour le monde militaire. Et si cela ne convient pas, rien n’empêche d’y mettre fin. C’est une vraie plus-value dans un parcours professionnel.
La réserve permet de se former, de se structurer, d’apprendre à adopter une posture militaire, de prendre confiance dans sa légitimité. Porter un grade, ce n’est pas juste symbolique. Il faut en être digne. Et pour cela, il faut se frotter au terrain.




