[Portrait] « Exercer la médecine dans des situations d’exception et, dans des lieux improbables » : dans les pas de Mathieu, chirurgien orthopédique militaire

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C’est au cours d’une opération extérieure au Mali que le médecin principal Mathieu découvre la chirurgie militaire et s’en passionne. Après avoir exercé comme médecin généraliste, le chirurgien militaire saute le pas, passe le concours d’assistanat et entame un deuxième internat, cette fois-ci en chirurgie orthopédique à Lyon. Aujourd’hui chirurgien orthopédique à l’Hôpital Régional d’Instruction des Armées Clermont-Tonnerre à Brest, après 15 années d’études cumulées, le chirurgien militaire revient sur les spécificités d’une expertise aussi rare que précieuse.

Pourquoi avoir choisi d’exercer le métier de médecin, aux côtés des forces armées ?

J’ai choisi de rejoindre le Service de santé des armées (SSA) pour trois raisons : exercer la médecine dans des situations d’exception, dans des lieux improbables et dans un esprit de camaraderie ! Face aux urgences médicales auxquelles nous pouvons être confrontés, en tant que soignant militaire, l’esprit de corps est une nécessité !

Concrètement, quel est votre rôle au quotidien au sein de l’hôpital ?

En milieu militaire, la chirurgie orthopédique recouvre des missions variées. À l’Hôpital Régional d’Instruction des Armées Clermont-Tonnerre à Brest, je suis spécialiste des urgences traumatiques qui touchent le membre inférieur, particulièrement la chirurgie du genou. Adjoint en chirurgie orthopédique et traumatologique, je suis chargé de la prise en charge de toutes les urgences traumatologiques du membre inférieur, qui constitue mon domaine de spécialisation. Cela va de la fracture d’un genou à la luxation en passant par la chirurgie programmée.

Avec la forte présence d’emprises militaires autour de la ville, nous recevons beaucoup de patients militaires. Notre appartenance au milieu militaire et notre soutien aux forces armées nous amènent à développer une approche pluridisciplinaire : nous prenons aussi en urgence différents types de lésions traumatiques, comme la prothèse de hanche, le canal carpien, la chirurgie nerveuse ou l’arthroscopie. Le lien avec les médecins des forces est fluide et c’est un confort pour les équipes soignantes et les patients.

Nous travaillons actuellement à développer ces liens avec la médecine de ville civile pour créer des parcours patients dédiés par pathologie et fluidifier leur accès aux soins. Beaucoup de patients civils ignorent qu’ils peuvent être accueillis dans un hôpital militaire et cette information n’est pas toujours facile à délivrer. En bref, l’offre en chirurgie orthopédique est très vaste, quasi complète grâce à une équipe robuste aux multiples facettes !

Comment s’organise le travail d’équipe au sein de votre service ? 

La chirurgie est multidisciplinaire, un chirurgien seul ne fait pas grand-chose ! Il faut tout une équipe (urgentiste, anesthésiste, infirmier (bloc et anesthésie), aide-soignant, secrétaire… Chacun a une place nécessaire au bon déroulement de la chaîne de soins, sans oublier les médecins rééducateurs et kinésithérapeutes qui interviennent après la quasi-totalité des chirurgies et dont la prise en charge est tout aussi importante, surtout en orthopédie !

Le matériel à disposition au sein de l’hôpital est-il adapté à vos besoins ?

Nous sommes très bien équipés. L’entente avec les pharmaciens est un atout : ils savent répondre à nos demandes en nous fournissant le matériel nécessaire aux opérations et font pleinement partie de l’équipe ! Celui-ci est régulièrement renouvelé à mesure des avancées technologiques (microscopes, colonnes d’arthroscopie, tables d’opérations…).

Avez-vous eu l’opportunité d’exercer en opérations extérieures ?

J’ai été projeté deux fois au Mali en tant que médecin des forces, et une fois au Tchad en tant que stagiaire chirurgien. Ce sont des moments forts où l’aspect militaire de notre formation est grandement sollicité. Les échanges humains sont très riches, faire face ensemble à des situations d’exception dans lesquelles chacun doit pouvoir compter sur l’autre à 100% tissent des liens solides, difficile à expliciter, mais qui sont durables et précieux. Cela fait indiscutablement partie de la richesse de notre métier.

Quel type de formations avez-vous suivi pour maintenir vos compétences ?

Pendant l’internat j’ai suivi plusieurs diplômes universitaires (Capacité de médecine d’urgence, médecine du sport, DU d’arthroscopie). J’ai suivi récemment le « Cours avancé de chirurgie en mission extérieure » et la Formation spécialisée technique « Chirurgie en situation de guerre et de catastrophes ».

Par la suite, je souhaite suivre l’année prochaine le diplôme interuniversitaire de « chirurgie reconstructrice des membres », nouvelle formation « civilo-militaire » à destination des plasticiens et orthopédistes, dont le thème est particulièrement d’actualité. La formation « continue » porte bien son nom en chirurgie !

Comment se manifestent les valeurs de cohésion et d’engagement dans votre métier ?

J’ai évoqué le travail en équipe et la nécessité absolue de pouvoir compter les uns sur les autres en situation d’exception. La cohésion est non seulement nécessaire dans l’exercice de notre métier mais elle se renforce au fur et à mesure des événements vécus ensemble.

Le SSA est une grande famille, cela fait un peu cliché mais c’est au final assez vrai ! Les camarades de l’école de santé, du « XV » (l’équipe de Rugby de l’école), l’enseignement de nos « anciens » … Nous sommes tous différents mais élevés dans le même « terreau » ; c’est une force incontestable du Service et source de motivation pour continuer à travailler avec nos camarades.

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