Interview croisée : de la blessure à la reconstruction, la Cellule d’aide aux blessés et malades du Service de santé des armées (CABMSSA) au cœur de l’accompagnement
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Au Service de santé des armées, il y a des liens qui dépassent le simple cadre du soin, comme celui qui unit Aurélie et Florence. Forte de 23 ans de service et d’une expérience de trois ans en tant que référente au sein de la Cellule d’aide aux blessés et malades du Service de santé des armées (CABMSSA), Aurélie accompagne Florence, infirmière de carrière, dans son parcours de reconstruction depuis plus de deux ans. Leur histoire est celle d’une confiance retrouvée, d’une écoute bienveillante et d’une solidarité sans faille. Cette rencontre, née de l’épreuve, illustre les valeurs d’humanité propres au Service de santé des armées.
Découvrez leurs témoignages.
Pour commencer, comment se sont tissés vos premiers liens ?
Florence (blessé militaire) : dans un premier temps, j’étais en relation avec la Cellule Défense Mobilité du Ministère. Une fois ma pathologie et ma blessure officiellement reconnues, mon conseiller de transition professionnelle m’a mise en contact avec la Cellule d’aide aux blessés et malades du Service de santé des armées (CABMSSA). Si je devais illustrer ma première prise de contact avec Aurélie, je dirais que c’était comme voir la lumière au bout du tunnel. J’avais enfin quelqu’un au téléphone qui m’écoutait vraiment. Je me suis sentie considérée immédiatement, j’ai perçu une réelle bienveillance et très vite j’ai su que je serais bien accompagnée.
Major Aurélie (référente blessé) : de mon côté, en tant que référente, j’ai été contactée par le conseiller Défense mobilité (DEFMOB) de Florence qui m’a informée de sa situation. J’ai alors pris contact avec elle par téléphone pour lui présenter les missions de la CABMSSA ainsi que le rôle d’accompagnement du référent. Un accompagnement de proximité, adapté à sa situation, au regard de ses besoins en terme de droit à réparation et ainsi lui permettre d’accéder à tous les dispositifs prévus pour les blessés.
Aurélie, comment s’organise le suivi des blessés et malades au quotidien, entre distance et présentiel ?
Major Aurélie : le périmètre de la CABMSSA est large. Nous accompagnons le blessé ou le malade dans son parcours de reconstruction sur un volet médico-administratif, social et juridique. C’est aussi lui permettre d’accéder au parcours de reconstruction par le sport, avec par exemple les Rencontres militaires blessures et sports (RMBS) mais également au parcours de réhabilitation psychosociale avec les maisons ATHOS, en concertation stricte avec l’équipe médicale en charge de son suivi.
Les orienter et les accompagner dans un parcours de réinsertion ou de reconversion est tout aussi essentiel pour que le blessé puisse se projeter. Nous sommes le « trait d’union » entre le blessé et l’institution. À mon sens, on peut parler d’un accompagnement « 360 degrés ».
Au quotidien, l’accompagnement se fait principalement à distance, par téléphone ou par e-mail mais ce n’est qu’une partie du dispositif. Tout au long de l’année, nous prenons part à des temps forts de rencontres : des stages sportifs et socioculturels, des journées dédiées aux aidants ou encore des cérémonies, qui sont essentiels pour maintenir le lien humain.
Florence, quelle place occupe la CABMSSA dans votre parcours de reconstruction ?
Florence : le grand avantage de la CABMSSA est sa polyvalence : on peut y adresser toutes nos problématiques, qu’elles soient professionnelles, administratives, psychologiques ou matérielles. Pour nous sortir de l’isolement et avancer vers la guérison, les référents nous proposent régulièrement des stages de reconstruction. Ces moments nous permettent de reconnecter le corps à l’esprit, de nous socialiser et d’échanger avec d’autres camarades blessés et malades. Cette année, j’ai participé aux Rencontres Militaires Blessures et Sports (RMBS), un stage de reconstruction par le sport au Village Géo André à Fontainebleau, accompagnée de ma référente, Aurélie. Elle a su me sécuriser et m’expliquer le déroulement du stage en détail. Cela fait plus de deux ans qu’elle m’accompagne

Aurélie, en quoi la relation de confiance est-elle importante dans votre accompagnement ?
Major Aurélie : la confiance est l’ingrédient indispensable. Elle permet au blessé ou malade de se livrer sur ses émotions, ses doutes, ses difficultés, et parfois ses colères. C’est une relation qui marche dans les deux sens. Elle permet au référent de respecter le rythme unique de chaque personne dans son parcours mais aussi d’aborder des sujets parfois difficiles à entendre.
Cette confiance se construit au fil de l’eau, en fonction des échanges amorcés. Elle se renforce évidemment lors de stages ou d’évènements. Ce qui permet de briser la distance et d’instaurer un contact humain plus direct, de créer une relation de « camaraderie » au sens militaire du terme. La confiance mutuelle permet au blessé ou malade d’avancer dans son parcours et de se projeter même si le respect de la temporalité reste primordial dans le suivi.
Comment la CABMSSA aide-t-elle les blessés et malades à retrouver des perspectives d’avenir ?
Florence : ma référente CABMSSA, Aurélie, m’écoute et me propose régulièrement des pistes de réflexion et des solutions mais le principe clé est que je dois agir par moi-même. En revanche, si je suis dans une impasse ou dans une phase de doutes, elle peut intervenir par des actions ciblées, tout en me laissant une certaine autonomie sur mes démarches professionnelles, juridiques ou sociales. Elle me fait confiance et me montre que je suis capable de me réinventer.
Major Aurélie : l’objectif de la Cellule est de faciliter les projets de réinsertion des blessés et malades du Service, soit en milieu militaire, soit dans un autre secteur via Défense mobilité (DEFMOB). Présenter tous les dispositifs dont peuvent bénéficier les blessés et malades est primordial car leur mise en place demande un certain nombre de démarches administratives et de temps de réflexion. Mon rôle en tant que référente est d’abord de bien connaître les interlocuteurs et les possibilités offertes par l’institution. Puis, je m’assure que les militaires que j’accompagne ont bien compris tous ces dispositifs et que le lien avec leur gestionnaire permette d’étudier leurs possibilités d’une reprise en milieu militaire. Lorsque le souhait est de quitter l’institution, je dois m’assurer qu’ils puissent être en lien avec leur conseiller de transition professionnelle DEFMOB, avec l’accès aux formations ou aux diplômes possibles, adaptés à leurs aspirations et à leurs aptitudes ou restrictions médicales. Si la Cellule peut leur faire des propositions, la décision de leur orientation et avenir professionnel leur revient.
Pour conclure, si vous deviez résumer l’esprit de la CABMSSA en quelques mots, lesquels choisiriez-vous ?
Florence : les mots qui me viennent en tête sont : la réconciliation, la confiance et l’espoir ! La CABMSSA nous aide à reprendre confiance en nous-mêmes. C’est un véritable moteur pour avancer et penser à « l’après blessure ».
Major Aurélie : l’écoute, la bienveillance, la résilience, la confiance et le respect de la temporalité sont les 5 piliers d’un accompagnement réussi.
